Appareil photo retrouvé, nous étions maintenant prêts à pénétrer sur le site de Takijiri Ôji. Mais qu’est-ce au juste que Takijiri Ôji ? Quelques explications s’imposent ici.
Takijiri 滝尻 : littéralement, le « cul de la chute ». Quelle chute ? En fait, il ne s’agit pas d’une chute, mais de l’évocation d’un bruit de chute au point de rencontre entre les rivières Tonda (Tondagawa 富田川) et Ishiburi (Ishiburigawa 石船川). Quant au cul, faute d’avoir poussé à fond les recherches dans cette obscure direction, je déduis simplement qu’il fait allusion (dans un tendre élan poétique) au fond de culotte (lire cul-de-sac) que peut évoquer la rencontre de deux cours d’eau, un peu comme celle de deux jambes de pantalon. Voilà, premier problème étymologique réglé.
Reste le Ôji 王子. En français ça se traduit généralement par « prince », mais cela ne nous avance guère et n’a rien à voir avec les sentiers de Kumano. Les étrangers ne sont d’ailleurs pas les seuls à se demander de quoi il retourne, rassurez-vous. Le dictionnaire スーパー大辞林 nous donne, en gros, la définition suivante parmi les différentes acceptions du terme : petits sanctuaire appartenant au sanctuaire principal de Kumano et longeant la route qui mène de Kyôto à Kumano. Plus précisément, on compterait 99 de ces petits sanctuaires le long des sentiers (petits sanctuaires aujourd’hui réduits à l’état de ruines, de vestiges et de restants recouverts de mousse verte et pas toujours convaincants).
Nipponica Blogula a par ailleurs trouvé un supplément d’information au hasard d’un polar japonais du très prolifique Uchida Yasuo, intitulé « 熊野古道殺人事件 » (Le meurtre de Kumano Kodô), qui soulève la question à l’occasion d’une discussion, au début de l’enquête menée par les deux personnages principaux du roman. En termes beaucoup plus clairs que nos guides touristiques (celui-ci et celui-là), un des enquêteurs du roman résume admirablement la chose comme suit, à quelques variantes près : il s’agissait, jadis, des points où les membres de la noblesse en promenade dans les sentiers s’arrêtaient pour dormir (et passer d’agréables moments en écrivant et récitant des poèmes).
Daniel (fidèle compagnon de voyage venu du lointain Canada) ayant accepté de figurer gentiment et facialement sur ce blog, voici de quoi a l’air l’entrée de Takijiri Ôji (comme pour la plupart des photos de cette série de billets, vous pouvez cliquer pour agrandir et vous extasier sans retenue).
Pour une photo d’ensemble des lieux, et sans mon fidèle compagnon, allez vite voir sur ce site et revenez pour la suite de cette palpitante aventure.
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Bon retour. Poursuivons. Si, contrairement à Nipponica Blogula, vous n’avez pas fait l’achat d’une petite canne mince et fragile à la boutique de souvenirs du coin (voir la main gauche de Nipponica Blogula sur cette photo), ou si vous n’avez pas pensé à vous procurer des bâtons de marche hightech (en alliage de fluorocarbone à hydrures de poutine et couche isotherme en coulis de fraises des champs) comme Daniel avant de venir au Japon, pas de panique, vous en trouverez probablement juste avant le véritable point de départ du sentier, tout au fond à gauche. Voici d’ailleurs quelques exemplaires pris en photo beaucoup plus loin, à la sortie (ou à l’entrée, c’est selon) d’un autre sentier.
Que faire d’autre, direz-vous, à Takijiri Ôji avant de quitter allègrement pour les sentiers, à part peut-être faire pipi ? Eh bien, il y a le Kumano Kodôkan mentionné dans l’article précédent. Bâtiment dont le toit à douze coins symbolise les douze Ôji de cette municipalité, il ouvre ses portes de 9h00 à 17h00 tous les jours et on y trouve diverses informations sur la section Nakahechi des sentiers (la plus populaire, en passant), des objets d’artisanat local, ainsi que, si j’ai bonne mémoire, le petit livret gratuit dans lequel vous apposez les étampes des divers points d’intérêt sur les sentiers, points très faciles à reconnaître :
Daniel à Takijiri Ôji, devant le machin-truc où on étampe fébrilement le petit livret qu’on se procure au Kumano Kodôkan et (peut-être) à la petite boutique touristique (voir le fascinant épisode précédent).
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Rectificatif
J’ai écrit dans le billet précédent que les sentiers commencent du côté de l’arrêt d’autobus, mais ma mémoire me jouait des tours. Il faut traverser le pont puisque Takijiri Ôji se trouve à côté de la boutique de souvenirs (comme on le voit bien sur la carte du site du Kumano Kodôkan.) Toutes mes excuses ! 
À suivre…

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Recit fidèle cher compagnon de voyage. J’ai hâte de voir si la suite me rapellera autant de souvenir. Très bien
Daniel
Merci, ô grand compagnon pèlerin (j’ai failli écrire faux con pèlerin mais finalement ça volait un peu trop bas comme humour). En passant, comme je te disais au téléphone ce matin je ne trouve toujours pas le nom de l’auberge où nous avons passé la deuxième nuit, à Nonaka Sansô, en dépit de tes indices. C’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi nous sommes encore à Takijiri Ôji comme deux imbéciles au troisième épisode. Je n’ose pas nous engager dans le sentier avant de savoir où nous avons bien pu passer cette deuxième nuit. Si tu trouves ça dans tes papiers au cours des prochains jours, tu me fais signe que je puisse enfin poursuivre ce récit grandiose qui nous attend avec impatience et fébrilité fiévreuse dans la montée abrupte qui se trouve derrière Takijiri Ôji, comme tu t’en souviens certainement.
Oups, je précise pour les futurs voyageurs inquiets que nous avons quand même pu entrer dans le Kumano Kodôkan (et prendre le petit carnet à étampes) avant qu’il n’ouvre officiellement ses portes pour la journée, à 9h00. Il faut dire qu’aller visiter ce bâtiment à 9h00 n’est pas très réaliste pour les marcheurs, compte tenu du trajet à parcourir ensuite (5 à 6 heures de marche). Jamais trop compris la logique derrière ça…
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