
À la vue de cette scène historique imprévue, j’ai été envahi par un sentiment de panique. Et pour dire toute la vérité, je me suis également senti comme un enfant qui, à Noël, réalise avec regret et frustration que le cadeau qu’il avait tant désiré ne fonctionne pas tout à fait comme il l’aurait souhaité, qu’il est un peu plus compliqué que prévu. Soit, j’avais vite compris l’idée de base de la machine à explorer le Temps perdu : vous appuyez sur une touche de kanjiW et l’écran intactile sans fond affiche une scène liée au thème du kanji sélectionné, quelque part dans le Temps perdu de quelqu’un. Lors de mon premier voyage, j’avais ainsi fait la rencontre de Napoléon au moment même où il se plaignait de perdre un temps précieux. La machine l’avait ensuite transporté au Japon, dans un lieu que je connaissais bien, une clinique pas très loin de chez moi. Ensuite, j’ai compris qu’en appuyant de nouveau sur la même touche, je m’étais retrouvé ailleurs — mais où ? — en compagnie de Napoléon. Et finalement, la machine m’a ramené chez-moi au moment même où Napoléon me reprochait de perdre son temps avec moi.
La machine semblait donc se conformer à une certaine logique, qu’il me fallait explorer plus à fond. Mais comment faire, sans véritable mode d’emploi ? Je me trouvais confronté à une machine qui me connaissait parfaitement, comme je l’ai déjà expliqué, et dont j’ignorais encore presque tout. Par ailleurs, cette fois-ci, même si un des guerriers s’était exclamé qu’il n’y avait pas de temps à perdre, cela ne l’avait pas transporté ailleurs comme dans le cas de Napoléon. La logique de la machine — si logique il y avait — pouvait donc varier d’un voyage à l’autre. Ce détail avait quelque chose d’inquiétant.
Quoi qu’il en soit, j’avais de nouveau une vue en plongée sur une scène du Temps perdu, en l’occurence celle de l’affrontement entre les guerriers des clans MinamotoW et TairaW. Je suis donc descendu avec la flèche du bas pour me retrouver sur le plan horizontal de l’affrontement.

J’ai ensuite fait le tour de la scène avec la flèche de gauche sur le clavier, tandis que les flèches des guerriers, elles, volaient en tous sens dans l’écran sans fond. Puis j’ai eu une intuition décisive ! Je savais que les jeux d’action sur ordinateur obéissent à certaines combinaisons de touches qui n’ont guère changé depuis des siècles. Comme la touche de majuscule qui, combinée à une flèche de direction, permet non pas de simplement pivoter autour d’une scène, mais de se déplacer dans la scène affichée à l’écran, et même de dépasser les limites de l’écran pour faire apparaître une scène adjacente. Heureusement, sur le clavier de la machine à explorer le Temps perdu, la touche de majuscule était assez grosse pour permettre son utilisation avec le bout du doigt, tout comme les touches de flèche de direction. J’ai donc appuyé sur la touche de majuscule avec l’index de la main gauche, puis, tout en la maintenant enfoncée, sur la flèche de droite pendant quelques secondes pour dépasser les limites de l’écran. Comme je l’avais espéré, je me suis retrouvé graduellement face à une nouvelle scène de la bataille.

Restait à vérifier le mouvement dans le sens de la profondeur. L’écran sans fond permettrait-il ce type de déplacement ? J’ai fait un essai avec la touche de majuscule et la flèche du haut, pour avancer, mouvement suivi d’une brève pression sur la touche oblique de gauche.

J’ai souri. L’enfant en moi s’est dit que, finalement, le « cadeau de Noël » n’était peut-être pas si compliqué. Je venais de trouver le moyen de me déplacer dans l’espace du Temps perdu ! Restait à choisir une destination moins agitée par les flots de l’Histoire, d’autant plus que je ne savais pas nager.
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Source des photos 2 et 3 : 長谷川輝義

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